Nous sommes venus sur L’île de la Réunion en Décembre 2014 passer huit jours autour du projet « Suivez l’accent ». Nous sommes reçus par le théâtre de St Benoit « Les Bambous » dans le cadre de la programmation de son Festival « Les Bambous libres ». « Minvielle en roue libre » est programmé à notre emploi du temps, mais aussi des collectages de voix d’ici. Marina Jolivet m’accompagne. Elle inaugure des ateliers au Théâtre et présente notre installation itinérante et nos nouvelles « boit’accents ». Nous avons proposé d’en fabriquer une sur place à partir de nos collectages, et de la laisser sur l’île. Elle se promène par là au grès du bon vouloir de notre facteur d’accent rencontré sur place. J’ai nommé Gauthier Lajoinie, qui a accepté la fonction de passeur ! Nous tenons à remercier toute l’équipe des « Bambous » qui nous a chaleureusement accueilli. Mention spéciale à Isabelle « Ziza » Pillot qui nous a guidé dans nos pérégrinations sur l’île et nous a ouvert sa maison.

Prises de sons, photos, montages et coeur à l'ouvrage : André Minvielle, Juliette Minvielle ; Photos: Marina Jolivet

après les collectages, on danse!


Le 1er rendez-vous sur l’île pour des collectages d’accent se passe à St Denis avec l’association WaïoMizik, tenu par Ludovic Clain qui nous reçoit avec les participants de son école qu’il nomme « l’école de l’intelligence musicale ». Quelques témoignages savoureux des participants pour bien commencer notre périple.

Prises de sons, photos, montages et coeur à l'ouvrage : André Minvielle, Juliette Minvielle ; Photos: Marina Jolivet

 

rencontre avec l’association des handicapés de Ste Rose Les vié gramoun préparent la cuisine bien épicée, svp!

En virée à Piton Sainte Rose, nous rencontrons Germaine Faustin qui s’occupe de l’association des handicapés. Rencontres et témoignages de ceux qui fréquentent ce lieu : avec Rose Mai, Cécile, Monique, Expédit, Albertine, Nono, Marie Renée, Nicolas, Thérèse, Bernard, Jean Simon, Julien, Maximilien, Hugues, Jean-Claude, Paulette, Anne-Marie, Aimé. Quelques mots du créôle : Gramoun, La nénène, zorey, Kaf, yab… Nous déjeunons ensemble et avons droit aux chansons finales.

Prises de sons, photos, montages et coeur à l'ouvrage : André Minvielle, Juliette Minvielle ; Photos: Marina Jolivet

Avec Alain Coubis, au PRMA (Pôle Régional des Musiques Actuelles) Graffiti sur le port de St Denis

Alain Courbis nous reçoit pour une interview à son bureau du PRMA (pôle régional des musiques actuelles). Il nous présente son travail de collectages considérable autour des musiques de la région (Madagascar, L’Ile Maurice, La Réunion, Les Comores). Chanteurs, musiciens, conteurs, musiques du Monde. Métissage extraordinaire. L’île de La Réunion est un volcan d’accents. Créolisation des cultures.

Prises de sons, photos, montages et coeur à l'ouvrage : André Minvielle, Juliette Minvielle ; Photos: Marina Jolivet

Narmine Ducap

Narmine Ducap est une figure de l’île. Il fait partie de la très belle collection de collectages témoignages musicaux du PRMA initiés par Alain Courbis. Il a ce beau créole des anciens et un son de guitare bien à lui. Le ton de sa voix m’accroche un sourire Il nous raconte la vie des bals poussière. Bernard Brancard a été son batteur.

Prises de sons, photos, montages et coeur à l'ouvrage : André Minvielle, Juliette Minvielle ; Photos: Marina Jolivet

Bernard Brancard, musicien de l’île, batteur des rhizomes créoles Bernard et son père


Nous sommes au bord de l’océan, sur la plage de St Leu, avec Gauthier Lajoinie, le musicien chanteur.  C’est lui qui m’a mis en relation avec Bernard Brancard, une vieille connaissance. Be’na’d, je l’ai croisé dans les années 80 avec la Compagnie Lubat de Gasconha où il officiait à la batterie. Une panthère, un joueur de rhizomes réunionnais. Au tout début de mon parcours de voc’alchimiste, nous jouions ensemble en quartet. Ça s’appelait « Dédé Quartet » l’époque flamboyante ou j’étais à la fois le chanteur, le joueur de congas gascon, le conducteur de camion, le patron qui recevait les enveloppes de petits concerts dans toutes les boites petites et grandes… Brancard est un ancien comme René Lacaille. Ils ont tous les deux joués avec Alain Peters le poète, celui qui m’a transformé en fontaine la première fois que je l’ai écouté.

Prises de sons, photos, montages et coeur à l'ouvrage : André Minvielle, Juliette Minvielle ; Photos: Marina Jolivet

Yab et pat'jaune Yab et pat'jaune

On nous avait dit qu’il fallait monter à la plaine des cafres, rencontrer les « Pat’jaunes ». Ils sont toute une famille autour de leur lieu intime qu’ils ont bâti eux même. Ils reçoivent dans leur café théâtre, tout de bois lustré, une foultitude de gens qui passent. Ils font tourner depuis des années leur musique à danser autour d’une bonne table qu’ils préparent. A la fois musiciens et cuisiniers. A gusto !

Prises de sons, photos, montages et coeur à l'ouvrage : André Minvielle, Juliette Minvielle ; Photos: Marina Jolivet

installation à Bisik du poète Christian Jalma, alias Floyd Dog photo prise à Bisik, lieu d’échanges culturel de St Benoît

La langue de cette île évolue avec ses poêtes, ses musiciens, ses habitants. C’est un créole qui trafique le français classique. Les littéraires de l'île débattent encore de la graphie. L’oralité est une chose, l’écriture doit rendre compte. Trois écoles se chamaillent. L’école 70, l’école « KWZ » qui veut s’éloigner le plus possible de la phonétique française et, dernièrement, le « Tangol » qui veut associer les deux premières. A la vue de cette peinture murale « Fé koz le mo » je reste bouche bée. Celle-là, elle est « KWZ » Je l’ai découverte à Bisik, à l’invitation de Jean-François Cadet du café culturel de Saint Benoit. Un lieu pour parler, échanger, montrer, créer, inventer. Nous avons improvisé une rencontre avec Christian Jalma « Floydog », le poète, dans sa quète, sa recherche essentielle et vitale, anthropophonique et poétique, sur les premiers habitants de l’île.

Prises de sons, photos, montages et coeur à l'ouvrage : André Minvielle, Juliette Minvielle ; Photos: Marina Jolivet

Martinique Juliette  Martinique Luther François

 

C’est lors du 40 ieme anniverssaire du Festival d’Uzeste, hestejada de las arts que je rencontre deux enfants de la Caraîbe. Ils font partie du projet/chantier transartistique/transatlantique initié avec la Cie Lubat dé Gasconha « Improvisions Lyannaj ». Lyannaj (lien en créole) entre jazz caraïbes martinique et jazzcogne uzeste pour un art de l’improvisation libre, cultivateur du processus créolisation.
« La créolisation n’est pas une fusion, elle requiert que chaque composante persiste même alors qu’elle change déjà » (Èdouard Glissant)

Juliette Eloi- Blézès est conférencière. Après avoir pris part à l'aventure de l'Institut martiniquais d'études qu'elle rejoint en tant qu'enseignante en 1970, Juliette Éloi-Blézès mène depuis plusieurs années en Martinique un inlassable travail de diffusion et d'éclairage de l'œuvre d'Édouard Glissant, à travers les instruments pédagogiques qu'elle a élaborés au fil du temps et plus récemment, de son essai De La Lézarde à Ormerod. Une poétique de la répétition (K Éditions, 2016).
Elle me parle de ce magnifique texte d’Edouard Glissant que j’avais lu à « Radio Grenouille lors d’une résidence Marseillaise :
Dans la rencontre planétaire des cultures, que nous vivons comme un chaos, il semble que nous n’ayons plus de repères. Partout où nous portons les yeux, c’est la catastrophe ou l’agonie. Nous désespérons du chaos-monde. C’est parce que nous essayons encore d’y mesurer un ordre souverain qui voudrait ramener une fois de plus la totalité- monde à une unité réductrice. Ayons la force imaginaire et utopique de concevoir que ce chaos n’est pas le chaos apocalyptique des fins de monde. Le chaos est bon quand nous en concevons tous les éléments comme également nécessaires. Dans la rencontre des cultures du monde, il nous faut avoir la force imaginaire de concevoir toutes les cultures comme exerçant à la fois une action d’unité et de diversités libératrices. C’est pourquoi, je réclame pour tous, le droit à l’opacité. Il ne m’est plus nécessaire de « comprendre » l’autre, c’est à dire de le réduire au modèle de ma propre transparence, pour vivre avec cet autre ou construire avec lui. Le droit à l’opacité serait aujourd’hui le signe le plus évident de la non-barbarie. Et je dirai que les littératures qui se profilent devant nous et dont nous pouvons avoir la préscience seront belles de toutes les lumières et de toutes les opacités de notre totalité-monde. Edouard Glissant     Autour du texte d'Edouard Glissant
   Les héritiers
   Le créole

Luther François est un saxophoniste caribéen : des petites formations aux big bands, il compose, arrange, enseigne son art. Il a côtoyé les plus grands jazzmen, mais a choisi de rester en Caraïbe. Il est à l’origine du festival de jazz de Sainte-Lucie et en mesure l’évolution, 18 ans plus tard avec lucidité et cette lanci- nante question que doit entretenir le médium avec le contenu, l’image et l’ombre portée, l’artistique et l’écono- mique...
  L'ile de Sainte Lucie
  La musique dans la Caraibe

Prises de sons, photos, montages et coeur à l'ouvrage : André Minvielle, Juliette Minvielle ; Photos: Marina Jolivet