Aline Pailler, présidente d'honneur 2016


Aline PaillerDerrière l’accent il y a une langue, la mienne est l’occitan, le patois.
La mienne? Non, celle de mon père, de ma grand-mère et de mon arrière-grand-mère. Mais enfant, Germaine, me parlait en patois, langue dont elle avait fait un outil de résistance! Lorsque des gens prétentieux, arrogants, venaient au village, elle oubliait tout à coup le Français et ne parlait plus qu’en patois au grand étonnement de la famille et des voisins. Les « mousus » partis, elle reprenait son bi-linguisme. Cette leçon de liberté à travers la langue a imprimé en moi un respect et une attention toute particulière aux langues interdites, arrachées, minorées et aux accents, tous les accents! Suivre l’accent c’est retrouver les paysages, leur histoire, les femmes et les hommes qui les ont habité et façonné.
Quand j’entends l’accent d’André Minvielle ou d’Eric Fraj ou de Lubat, de Castan ou de Benedetto, je suis remuée jusqu’aux tripes! Alors, les rondeurs du ventre de Germaine, sur lequel elle posait ses mains fines et agiles, vient me rassurer. L’accent de mes cousins catalans me bouleverse en me ramenant sur les sentiers qui traversent la montagne. Et l’accent ch’ti me ramène au Moyen Age et à la langue de Rabelais! Comme quoi, « suivre l’accent » peut amener loin d’ici! Ici, là-bas…
L’accent est ce qui dit d’où nous parlons, de quelle histoire, la mienne n’a pas toujours plu à Paris! Quand Jean Garretto me confie une émission sur France Inter il ne fait aucune allusion à mon accent. Mais quelques mois après il me dit « Je suis un peu déçu, vous n’avez pas beaucoup l’accent. » En 1981, tous les toulousains doivent avoir l’accent de Nougaro n’est-ce pas? J’aime Nougaro, mais la remarque m’inquiète, me mettrait presque en colère si Jean Garretto n’était pas cet amoureux des voix et ce directeur attentif et respectueux.
Quelques années plus tard, en 1986, le président de Radio France n’est autre que Roland Faure qui deviendra membre du CSA en 1989. Roland Faure me vire de la matinale (Chocolatine 5H/7H) qui pourtant réalise de bons sondages (déjà les sondages!). Raison invoquée « L’accent du Sud ne réveille pas la France ». C’est vrai que j’avais reçu quelques lettres d’auditeurs me reprochant mon accent, c’est vrai que j’avais fait quelques billets critiques sur le gouvernement Chirac, Pasqua et la ville de Paris dont le maire était également J. Chirac!
Mais la raison officielle fut l’accent, il fallait oser!
Quand André Minvielle m’a proposé la présidence d’honneur de « Suivez l’accent », je me suis dit qu’étant tombée dans le chaudron pour le meilleur et pour le pire, désormais je n’y serai plus que pour le meilleur, pour l’avenir et pour la liberté! Fini les couvercles et les bouillons de onze heures! Forgeons, forgeons, que mille accents abreuvent nos pavillons!


Hélène Nougaro, présidente d'honneur de 2004 à 2016

le mot de la présidente